Little Mamma

La depression post-partum

Ah les joies de la maternité… Un bébé, des rires, du bonheur. Malheureusement ce n’est pas toujours ça. Parfois c’est tout simplement plus difficile d’apprendre à être mère et on peut tomber dans une dépression post-partum.

On se compare, qu’on le veuille ou non, aux autres mamans. Celles qu’on connaît, celles qu’on voit dans les médias et même à nos propres mères.

 

Pourquoi elle a l’air si heureuse et pas moi ?

Ces questions paraissent totalement idiotes mais j’ai longtemps pensé ça moi aussi. Et à l’ère des réseaux sociaux, c’est quasiment inévitable. Je n’ai compris que très récemment que j’avais (j’ai) fait une dépression post-partum. Quelques mots sur mon histoire qui permettront peut-être à des mamans ou leurs proches de détecter ce mal avant qu’il ne soit trop tard.

 

Une dépression post-partum tardive

Généralement la dépression « arrive » dans les deux premiers mois suivant la naissance du bébé. Je ne saurais pas dire quand ça a commencé pour moi mais j’avais repris le travail (donc Halley avait plus de 3 mois).

Je voulais méner de front

  • cette nouvelle vie de famille en m’occupant du mieux possible de ma fille
  • ma vie de couple et être aussi amoureuse qu’avant voire plus
  • mon rôle de maîtresse de maison (bordel ce que je n’aime pas cette expression désuette) en gardant l’appartement propre chaque jour.

Alors quand je finissais le boulot, je m’occupais d’Halley jusqu’à ce que Pierre rentre le soir. J’en profitais pour lancer des machines, trier le linge, ranger un peu le bordel que j’avais mis en arrivant … Les jours de télétravail, je remplaçais mes pauses café par une machine, l’aspiration de l’appartement, le nettoyage de la salle de bain… A cette époque, Halley n’était pas encore aussi calée niveau horaire donc le coucher pouvait trainer un peu. Du coup, j’étais complètement HS en début de soirée et finissais par ronfler sur le canapé sans même voir un bout du film de 21h.

Ma vie à ce moment, c’était voiture (j’prends pas le métro), boulot, bébé, dodo. Pas envie de trainer avec mon mec sur le canapé et de se retrouver en amoureux devant un film ou une série. Juste envie d’arrêter mes journées et tenter de récupérer un peu de sommeil.

 

Comment je m’en suis rendue compte

Les effets sur moi

Je tombais lentement mais surement dans une spirale qui ne sentait pas la guimauve et les petits oiseaux.

Le manque de sommeil a très certainement été l’élément déclencheur de cette dépression. Les coliques étaient enfin terminées mais j’avais accumulé tant de retard de sommeil. Même quand elle dormait à poings fermés, je restais parfois les yeux ouverts dans mon lit à attendre je ne sais quoi. J’avais extrêmement sommeil mais je dormais peu ou très mal (et ce, depuis un an) donc j’avais encore sommeil. Bref un cercle vicieux.

J’étais constamment sur les nerfs, rongée par la fatigue, l’angoisse. Je ne supportais rien ni personne. Sauf ma fille.

Il m’arrivait souvent de pleurer en la regardant. Je me disais qu’elle méritait une meilleure maman, qui saurait mieux s’occuper d’elle. Mais je me disais aussi que j’avais de la chance qu’elle m’ait choisie moi comme mère et qu’elle me tenait la tête hors de l’eau.

 

Ma relation avec les autres

Ma relation avec mon mari à ce moment-là était particulièrement compliquée. Quand il m’aidait, ça ne me convenait pas. Quand il se posait, non plus. Tout ce qu’il faisait était mal. Pour moi, il devait faire mieux, être parfait. On devait être une équipe. On est devenus des rivaux. Enfin je me suis positionnée comme sa rivale. Un jour je me suis trouvée infecte. Je parlais à mon mari comme on parle à un chien. J’étais vraiment devenue horrible. Il me parlait ? Il me saoulait. Même quand il ne faisait rien il m’énervait. Bref je ne le supportais plus.

Je ne supportais pas non plus les gens extérieurs avec leur « elle fait ses nuits? », « bientôt le deuxième? », « nous à son âge, le nôtre… ». Elle avait à peine 4 ou 5 mois, c’était normal qu’elle se réveille dans la nuit pour un biberon ou un câlin. En fait, j’ai trouvé que les gens manquaient cruellement de bienveillance envers moi. On ne me demandait presque jamais comment j’allais. On préférait se préoccuper des nuits de ma fille plutôt que de s’inquiéter de mon nouveau comportement. J’étais complètement transparente depuis la naissance d’Halley pour beaucoup. Et c’est surement le cas de nombreuses mamans.

Je n’ai parlé de ma situation qu’à une seule personne. Je ne sais même plus comment est venue cette discussion d’ailleurs. En tout cas, elle avait vécue la même chose lors de sa premiere grossesse. Ses dires m’ont immédiatement fait écho : que m’arrivait-il ?

J’ai commencé à chercher des sites qui parlaient de DPP (dépression post-partum), des comptes instagram pour me renseigner. Etonnemment les pièces du puzzle commençaient doucement à s’emboîter. Je commençais enfin à comprendre que ce que je vivais n’était pas normal. J’ai su que c’était trop pour moi, que j’étais à bout et j’ai enfin pu mettre un mot sur ces maux.

 

Sortir de cette dépression

On m’a plusieurs fois conseillé d’aller voir un psy. Mais franchement … Je n’avais pas envie de me retrouver face à quelqu’un et lui raconter ma vie comme ça. J’ai toujours eu l’image du psy sur sa chaise et toi dans son divan qui vide ton sac. Je sais que cette vision est éronée mais mon avis n’a pas changé. En plus, on allait très certainement me donner une solution médicamenteuse pour me soulager et ça il en était hors de question ! Donc j’ai décidé de m’en sortir par moi-même, comme je l’ai toujours fait dans les situations difficiles.

Après une énième embrouille avec monsieur, je vide enfin mon sac. Bon j’aurais clairement dû le faire avant car ça ressemblait à un tsunami de surplus d’émotions et de ressentis. Après cette mise au point, on s’organise, on communique enfin. Il prend conscience de cette charge mentale que je m’impose depuis des semaines et la considère. On met en place un planning pour répartir les tâches ménagères. Ça peut paraître idiot mais ça a considérablement allégé mon esprit et mon emploi du temps.

En fait, je me mettais carrément trop la pression à vouloir que tout soit parfait en toute circonstance. Mon cerveau a simplement saturé de toutes ces informations. « Pense à ceci », « n’oublie pas de faire ça » … Et j’en suis arrivée là, à avoir des idées noires, à presque me dire que la vie d’avant me manquait.

 

Comment je vais aujourd’hui ?

Aujourd’hui je vais beaucoup mieux. Je respire de nouveau et ça fait énormément de bien. J’ai toujours ces sautes d’humeur qui peuvent me gâcher une journée mais je travaille dessus. J’ai clairement lâché prise concernant le ménage. Ça m’obsède toujours autant, j’ai toujours cette envie de passer l’aspirateur tous les jours mais ça ne me rend plus malade de ne le faire qu’une fois sur deux.

Le planning mis en place il y a quelques semaines est toujours d’actualité. Il nous permet à chacun de nous organiser et d’avoir une charge de tâches ménagères à peu près équitable. Si on y avait pensé avant, nous n’aurions peut-être pas traversé cette crise. Peut-être que justement elle était nécessaire pour rebattre les cartes et voir notre couple et notre famille d’une nouvelle manière.

Quoi qu’il en soit, chacune réagit différemment à la dépression post-partum. Parfois celle-ci est bien plus violente que la mienne. Certaines mamans en rejettent leur bébé, deviennent violentes, arrêtent de se nourrir… Bref, nous sommes pas égales devant l’effet des hormones et de l’accouchement sur notre esprit. Si, dans votre entourage, vous sentez une maman défaillir, moins joyeuse ou qui s’isole peu à peu : Agissez. Allez la voir, parler avec elle, épaulez-la, demandez-lui comme ELLE va, pas son bébé. Rappelez-vous que nous ne sommes pas que des mamans mais aussi des être humains. C’est surement pas grand chose mais les petites choses ont parfois énormément d’importance.